« Il y a eu un renversement de liquide à l'époque, mais les symptômes se limitaient à quelques touches, que j'ai remplacées. Un mois plus tard, il n'a plus chargé que par intermittence, puis plus du tout. Aujourd'hui il fonctionne encore sur batterie, mais la batterie se vide. »
Ce message est arrivé tel quel à l'atelier, accompagné d'un PC portable gaming Medion. Il résume à lui seul un phénomène que nous voyons toutes les semaines et que presque personne n'anticipe :
un dégât des liquides ne tombe pas forcément en panne le jour même. Il peut laisser la machine fonctionner normalement pendant des semaines, puis tuer un composant d'alimentation longtemps après que tout le monde a oublié l'accident.
C'est un point aveugle redoutable. Quand la machine s'est éteinte net sous le verre d'eau, tout le monde comprend le lien de cause à effet et la machine part en réparation dans la journée. Quand elle continue de fonctionner, le réflexe inverse s'installe : « on a eu de la chance, c'est passé ». Un mois plus tard, la panne de charge semble tomber du ciel, sans rapport avec quoi que ce soit, et personne ne pense à mentionner le renversement au réparateur.
Cet article raconte
exactement ce qui se passe entre le renversement et la panne, ce que nous avons trouvé dans cette machine précise, pourquoi le remplacement du clavier n'a rien réglé du tout, et ce qu'il faut faire quand un liquide a été renversé, y compris quand tout va bien. Par
BSC Électronique, atelier de réparation de cartes mères de PC portables et de Chromebooks au niveau du composant (pas Apple), à Hyères.
L'essentiel en 20 secondes
• Une machine qui remarche après un renversement n'est pas tirée d'affaire. Le liquide part, le dépôt reste, et le dépôt continue de ronger le cuivre pendant des semaines.
• La corrosion ronge en priorité ce qui est sous tension. Sur un portable, une partie de la carte reste alimentée en permanence par la batterie interne, capot fermé, machine éteinte. Le phénomène ne s'arrête donc jamais vraiment.
• Le scénario type est une mort en trois temps : rien de visible, puis une charge intermittente, puis plus de charge du tout. L'intermittence est le dernier avertissement.
• Le bon geste, c'est un nettoyage complet de la carte mère tout de suite, pas seulement le remplacement du clavier ou des touches abîmées. Le clavier est le symptôme visible ; le liquide, lui, a traversé.
• Cas réel raconté ici : un MOSFET de l'étage d'entrée détruit un mois après le renversement, tellement cuit qu'il était impossible à dessouder, même à 480 °C. Il a fallu le découper au scalpel et reconstruire la piste au fil. Machine réparée, mais on est passé d'un nettoyage à une reconstruction.
• Signalez toujours un renversement, même ancien, même « sans conséquence », même déjà nettoyé ailleurs. C'est l'information qui change toute la méthode de diagnostic.
• Diagnostic 39 € TTC, rendu sous 24/48 h, intégralement déduit du devis. Nettoyage et réparation d'un dégât liquide : 130 à 250 € selon l'étendue, bonus QualiRépar de 50 € déduit d'office pour les particuliers hors garantie.
1. Le scénario complet, dans l'ordre où il se déroule
Voici la séquence telle qu'elle s'est passée sur cette machine. Elle est représentative au point qu'on pourrait en faire un modèle.
Jour J. Un liquide est renversé sur le clavier. La machine ne s'éteint pas. Rien de spectaculaire : quelques touches deviennent capricieuses ou ne répondent plus, c'est tout. Le propriétaire essuie, laisse sécher, continue de travailler.
Semaine 1. Les touches ne reviennent pas. Diagnostic logique et parfaitement compréhensible : « le clavier a pris le liquide ». Le clavier est remplacé, les touches refonctionnent. Le dossier est clos, et il l'est de bonne foi : le symptôme visible a disparu, l'ordinateur fonctionne normalement.
Semaines 2 à 4. Rien. Absolument rien. La machine démarre, charge, tient sa batterie, chauffe normalement. C'est cette période de silence qui fait tout le problème : elle installe la certitude que l'incident est derrière soi.
Un mois après. Premier signe :
la charge devient intermittente. Le voyant s'allume parfois, pas toujours. En rebranchant le chargeur, ça repart. En bougeant la prise, ça repart. On met ça sur le compte du chargeur, ou d'un faux contact dans le port.
Peu après. Plus de charge du tout. La machine fonctionne encore sur batterie, mais la batterie se vide et ne se remplit plus. Autonomie restante : quelques heures, et ensuite l'ordinateur est mort dans son sac.
Entre le renversement et la panne finale, il ne s'est produit
aucun événement : ni chute, ni surtension, ni mise à jour, ni changement de chargeur. Rien d'autre que du temps.
2. Pourquoi le temps travaille contre la carte mère
C'est le cœur du sujet, et c'est la partie qu'on explique rarement aux clients. Trois mécanismes se combinent, et ils sont tous les trois lents.
Le liquide s'évapore, le dépôt reste
L'eau pure n'est pas très conductrice, et elle finit par sécher. Mais un café, un soda, un jus, une bière, un thé sucré ou même de l'eau du robinet ne sont pas de l'eau pure : ce sont des solutions chargées en
sucres, sels et minéraux. Quand la partie liquide s'évapore, tout le reste se dépose sur la carte, sur les pattes des composants, sous les puces, à l'endroit exact où le liquide a stagné.
Ce dépôt a deux propriétés désagréables. Il est
conducteur, donc il crée des chemins électriques qui n'existent pas sur le plan de la carte. Et il est
hygroscopique : il reprend l'humidité de l'air. Un dépôt sec redevient donc conducteur les jours humides, et l'est moins par temps sec. C'est déjà, à soi seul, une explication du caractère intermittent des premiers symptômes.
La corrosion attaque ce qui est sous tension
Le mécanisme est une
électrolyse. Quand un dépôt conducteur relie deux points de potentiel différent, un courant de fuite minuscule s'établit, et ce courant
transporte du métal : il ronge le conducteur porté à la tension positive, comme une pile qui se consommerait toute seule.
Nous avons une règle de lecture à l'atelier, vérifiée cas après cas :
la piste rongée est celle qui portait la tension. Quand on ouvre une carte et qu'on voit quelles pistes sont attaquées, on sait quels rails étaient actifs au moment du dégât.
Et c'est là que le portable est un mauvais élève :
une partie de la carte reste sous tension en permanence, tant que la batterie interne est branchée. Machine éteinte, capot fermé, rangée dans un sac. Le circuit de charge, le contrôleur embarqué (dont nous détaillons le rôle dans ), la logique de réveil : tout cela est alimenté en veille. La corrosion continue donc de travailler
la nuit, le week-end, pendant les vacances. C'est aussi pour cette raison que « le laisser sécher une semaine dans un placard » est une mauvaise idée : ce n'est pas un séchage, c'est un mois de plus donné à la corrosion.
Le contact résistif chauffe, et l'échauffement finit le travail
Voici le troisième temps, celui qui fait la différence entre une carte sale et une carte détruite.
La corrosion ne coupe pas un contact d'un coup. Elle le rend
résistif : le courant passe encore, mais moins bien. Sur une patte de signal, quelques dizaines de milliohms de plus ne changent rien. Sur un composant qui laisse passer
tout le courant du chargeur, c'est une autre histoire : la moindre résistance parasite se transforme en chaleur, la chaleur dégrade encore le contact, la résistance augmente, la chaleur augmente. C'est un emballement, et il est lent.
Il faut des semaines pour qu'il aille à son terme. Et il se termine toujours de la même manière : le composant meurt en court-circuit, et il meurt
cuit.
3. Ce que nous avons trouvé dans la machine
Reprenons le Medion. Le client nous l'envoie avec un mail modèle, complet et précis, comme on les aime : historique, symptômes, ce qui a déjà été fait.
À l'ouverture : une zone d'entrée noire, et une surprise
La première chose visible sur la carte n'est pas de la corrosion, c'est une
zone noire, brûlée, autour de l'étage d'entrée d'alimentation. Et un détail qui compte : la zone avait manifestement
déjà été nettoyée par quelqu'un. Le client ne l'avait pas mentionné, sans doute parce que pour lui l'épisode « liquide » se résumait au remplacement du clavier.
Ce n'est pas anecdotique. Un nettoyage antérieur retire les traces vertes et blanches de corrosion, donc les indices les plus lisibles,
mais il ne retire pas les traces de brûlure, et il ne répare évidemment pas ce qui a déjà été dégradé. On se retrouve donc devant une carte dont l'historique a été partiellement effacé, ce qui est exactement le contraire de ce qu'on veut au moment de diagnostiquer.
Les mesures : aucun court-circuit, et pourtant zéro courant
Premier réflexe sur un « ne charge plus » : chercher un court-circuit. Résultat des contrôles :
• la diode de protection contre les surtensions est
saine ;
• l'entrée et la sortie du circuit de charge
ne sont pas en court ;
•
le rail principal n'est pas en court non plus.
Ce dernier point est une vérification que nous faisons
avant de nous engager dans une réparation lourde, et le raisonnement est purement économique : il serait fâcheux de passer des heures à reconstruire un étage d'entrée pour découvrir ensuite que le reste de la carte est mort. Rail principal propre, c'est le feu vert : la carte a de bonnes chances d'être vivante derrière.
Et pourtant, chargeur branché :
zéro courant, rien du tout. La machine ne prend pas un milliampère.
La mesure qui trouve la panne : une chute de 0,3 V
Quand rien n'est en court, on ne cherche plus des ohms, on cherche des
volts, en remontant l'étage d'entrée point par point, chargeur branché. On suit le 19 V du chargeur composant après composant, et on regarde où il se perd.
19 V à l'entrée du premier composant de puissance. 19 V à sa sortie. Puis, au composant suivant :
19,7 V d'un côté, 19,4 V de l'autre. Trois dixièmes de volt de différence.
C'est peu, et c'est pourtant
le défaut. Le principe est simple : ce composant est un interrupteur, il est censé être soit ouvert, soit fermé.
Fermé, il ne doit rien perdre. Une chute de 0,3 V à ses bornes signifie qu'il ne conduit plus correctement, qu'il se comporte comme une résistance, donc qu'il chauffe. Un composant qui présente cette chute est un composant mourant, même s'il n'est pas encore franchement en court-circuit.
Les mesures suivantes ont confirmé le verdict : sa commande était à 0 V alors qu'on attend une vingtaine de volts, et il était devenu passant en permanence entre ses deux bornes de puissance.
Cause finale : un MOSFET de l'étage d'entrée détruit, séquelle différée du renversement. Corrosion, puis contact résistif, puis échauffement, puis destruction. Un mois plus tard.
Pourquoi ce composant précis, et pas un autre
Une petite parenthèse technique, parce qu'elle explique pourquoi les dégâts liquides différés frappent si souvent la charge.
À l'entrée d'un PC portable, entre la prise de charge et le reste de la carte, se trouvent des
MOSFET montés tête-bêche, c'est-à-dire deux transistors de puissance en série, orientés en sens inverse l'un de l'autre. Pourquoi deux ? Parce qu'un MOSFET contient une diode interne : avec un seul, on couperait bien le courant venant du chargeur, mais
la tension de la batterie ressortirait par cette diode jusqu'à la prise de charge. Il en faut donc un pour bloquer dans un sens, un pour bloquer dans l'autre. Sur les machines qui se chargent aussi en USB-C, il y en a
trois, et l'USB-C se raccorde entre eux.
Ces MOSFET ne régulent rien : ce sont de gros interrupteurs qui laissent passer, ou non, l'intégralité du courant d'alimentation de la machine. Deux conséquences :
• Ils sont
au tout début du circuit, donc juste sous le clavier sur beaucoup de châssis, dans la zone qui prend le liquide en premier.
• Ils voient passer
tout le courant, donc ce sont eux qui transforment le mieux une dégradation microscopique en chaleur. Un contact corrodé sur une ligne de signal survit des années ; sur ces composants-là, il se transforme en panne.
Nous avons une fiche complète sur cet étage : .
4. La réparation : de ce qu'elle aurait été, à ce qu'elle a été
C'est ici que le délai coûte cher, et de façon très concrète.
Le composant était devenu indéposable
Un mois d'échauffement progressif avait littéralement
fondu le MOSFET dans la carte. Impossible à dessouder, même à
480 °C à l'air chaud, une température à laquelle on ne travaille normalement pas. Le constat en atelier a été net : à cette température,
le port de charge voisin bougeait, mais le MOSFET, lui, ne bougeait pas d'un millimètre.
Il n'y avait plus qu'une option :
le découper. Pattes et pistes tranchées au scalpel pour extraire le corps du composant, en acceptant par avance de
détruire la piste qui passait dessous. Ce n'est pas une manœuvre anodine, c'est une décision assumée : on détruit volontairement une partie du circuit imprimé parce que l'alternative, c'est une carte perdue.
Reconstruire ce qui a été coupé
La suite est de la reconstruction :
•
un gros fil soudé pour recréer la piste de puissance détruite, dimensionné pour encaisser le courant du chargeur ;
• un
MOSFET canal N générique costaud posé par-dessus, le fil étant soudé sous le composant à l'air chaud ;
• la
diode de protection contre les surtensions conservée, parce qu'elle est le point de stabilité du montage et qu'on ne supprime pas une protection pour simplifier une réparation.
Ce type de fil de reconstruction n'a rien à voir avec le bricolage qu'on voit parfois arriver à l'atelier ; nous avons écrit un article entier sur la différence entre les deux : .
Le deuxième composant, celui qui « n'était pas en court »
Premier test après reconstruction : toujours rien. Et au contact,
des étincelles, avec le
MOSFET voisin qui se soulève de la carte.
Ce voisin avait passé tous les contrôles. Il n'était pas en court-circuit. Il présentait seulement, lui aussi, une petite chute de tension à ses bornes. Il était en réalité
cuit lui aussi, au point d'être irrécupérable même avec de la soudure basse température. Il a fallu le remplacer à son tour et ressouder l'ensemble des broches en parallèle.
C'est une leçon que nous appliquons désormais systématiquement :
quand un MOSFET d'entrée est mort, son voisin est suspect par défaut. Ils meurent en cascade, et le second se cache derrière un rassurant « il n'est pas en court ».
Résultat
Test final : pré-charge à 200 mA, puis courant de charge plein,
batterie à 14,4 V et qui monte, image à l'écran, accès au BIOS.
Machine réparée.
Mais faisons le compte de ce que le délai a coûté. Un nettoyage complet de la carte, fait dans la semaine du renversement, aurait relevé de l'intervention courante : démontage, nettoyage, inspection, remontage. Un mois plus tard, il a fallu un diagnostic long sur une carte dont l'historique avait été partiellement effacé, la découpe d'un composant, la reconstruction d'une piste de puissance, et le remplacement de deux MOSFET, avec un niveau de risque
élevé assumé à chaque étape. Le résultat est le même. Le chemin, non.
5. Le piège du « j'ai changé le clavier, c'est réglé »
C'est l'erreur la plus fréquente, et elle est parfaitement logique du point de vue du client : les touches ne marchaient plus, on a changé le clavier, les touches remarchent. Où est le problème ?
Le problème, c'est que
le clavier n'est pas une éponge : c'est un entonnoir. Il est perforé sur toute sa surface, et il est monté au-dessus de la carte mère. Un liquide renversé dessus ne s'y arrête pas, il
traverse et se répand dessous.
À l'atelier, quand un liquide est entré par le clavier, nous avons un réflexe obligatoire :
sortir la carte mère de son châssis et inspecter le dos. Le liquide traverse, contourne, coule en suivant la gravité et l'inclinaison de la machine, et il finit régulièrement dans des zones qui n'ont aucun rapport avec l'endroit du renversement.
Nous avons vu, cas après cas, à quel point la corrosion sait se cacher :
•
sous les blindages métalliques, ces capots soudés qui recouvrent les zones sensibles ;
•
sous les caches plastiques : sur un Lenovo Yoga Slim 7 Pro annoncé « ne s'allume plus », la carte nue ne montrait strictement rien ; le défaut était une résistance et son pad rongés, cachés sous un simple cache ;
•
sous la carte Wi-Fi : sur un Dell déjà nettoyé partout ailleurs par un précédent intervenant, la corrosion avait survécu sous le module Wi-Fi, qui masque la carte comme un blindage ;
•
sous le radiateur du processeur, où le liquide peut sécher intégralement sans laisser la moindre trace visible ailleurs ;
•
entre les billes de soudure sous les puces BGA, là où même l'alcool n'accède pas.
Changer le clavier traite ce qu'on voit. Un nettoyage complet traite ce qu'on ne voit pas. Et si votre clavier ne répond plus alors qu'aucun liquide n'est en cause, le sujet est différent, nous l'avons traité ici : .
6. Les symptômes différés, et ce qu'ils veulent dire
Un dégât liquide différé ne se présente presque jamais comme un dégât liquide. Il se présente comme une panne électronique ordinaire, souvent des semaines après l'accident. Voici les formes qu'il prend le plus souvent, avec ce qu'elles signifient de notre côté de l'établi.
La charge intermittente, puis plus de charge
Le scénario du Medion, et le plus fréquent.
Prenez l'intermittence au sérieux : ce n'est pas un caprice, c'est un composant de puissance qui vous prévient. Entre le moment où la charge devient capricieuse et celui où elle disparaît, il y a une fenêtre pendant laquelle la réparation est encore simple.
Attention toutefois : toutes les charges intermittentes ne sont pas des dégâts liquides, loin de là. Nous détaillons les autres causes ici : et .
Un comportement électriquement aléatoire
« Il a marché une fois, puis plus rien, puis il a redémarré tout seul le lendemain. » Sur un Lenovo Legion 7, ce comportement venait d'une micro-corrosion
localisée uniquement sur les pattes du contrôleur embarqué, invisible ailleurs sur la carte, repérée au microscope. Tout le reste était sain : rails corrects, pas de court-circuit, contrôleur qui répond.
Une machine qui a pris du liquide et qui devient
capricieuse est plus inquiétante qu'une machine qui tombe franchement en panne : le contact intermittent est le stade intermédiaire de la corrosion.
Plus de démarrage, sans le moindre court-circuit
Le cas le plus déroutant. Sur un MSI GE63, toutes les tensions étaient bonnes, toutes les bobines correctes, aucun court-circuit nulle part. La machine tirait
0,15 A pendant deux secondes à l'appui sur le bouton, puis retombait à zéro. La cause :
une seule goutte séchée sur le quartz du chipset. Un quartz est un composant d'horloge : sans horloge, le chipset ne démarre pas, et rien ne se mesure. Une goutte, au bon endroit, tue une carte sans provoquer le moindre défaut électrique classique.
Un rail qui manque alors que les autres sont là
Le 3,3 V est présent, le 5 V est présent, mais un rail précis reste à zéro. Le dégât liquide perturbe volontiers les
petits signaux d'activation, ceux qui ne véhiculent que quelques microampères, sans toucher aux gros rails. Un contact corrodé sur ce type de ligne suffit à empêcher toute une section de la carte de se mettre en route.
La machine chaude alors qu'elle est éteinte, ou la batterie qui se vide
À traiter comme une
urgence, sans attendre. Une machine tiède ou chaude alors qu'elle est éteinte signifie que quelque chose consomme du courant en permanence, et ce quelque chose est souvent un composant de puissance dégradé. Débranchez le chargeur, et si vous savez le faire en sécurité, faites débrancher la batterie. Le sujet est développé ici : .
7. Les dix premières minutes, quand ça vient de se produire
Si le renversement vient d'avoir lieu, tout se joue maintenant. Voici la séquence, sans réfléchir, dans cet ordre. Nous la détaillons pas à pas dans notre article dédié : .
1. Appui long sur le bouton d'alimentation, 5 à 10 secondes, jusqu'à extinction complète. N'attendez pas un arrêt propre de Windows : pendant les 30 secondes que prend cet arrêt, la carte est sous tension avec du liquide dessus.
2. Débranchez le chargeur.
3. Retirez la batterie si elle est amovible. Si elle est interne, ne démontez pas la machine vous-même, mais sachez que le compte à rebours décrit plus haut, lui, continue de tourner.
4. Retournez la machine, clavier vers le bas, pour que ce qui n'a pas encore coulé sorte au lieu de descendre. Ne la secouez pas.
5. N'utilisez pas de riz. Le riz absorbe l'humidité de l'air. Il n'atteint pas le liquide coincé sous les puces, et surtout
il ne retire aucun résidu conducteur. Le problème n'est pas l'humidité, c'est le dépôt.
6. N'utilisez pas de sèche-cheveux à chaud : vous fixez les résidus et vous risquez de déformer des pièces plastiques.
7. Faites nettoyer la carte rapidement, même si tout a l'air normal.
Et surtout : ne rallumez pas « pour vérifier »
C'est le geste qui détruit le plus de cartes récupérables, et il part pourtant d'une intention raisonnable. Trois raisons de s'en abstenir :
•
Sous tension, un dépôt conducteur devient un court-circuit. Hors tension, ce même dépôt n'est qu'une saleté à nettoyer. La différence entre les deux situations, c'est vous qui la faites en appuyant sur le bouton.
•
Vous accélérez l'électrolyse. Chaque seconde sous tension, c'est du métal transporté depuis vos pistes.
•
Certains défauts ne se déclenchent qu'à la mise sous tension. Le circuit de charge d'un portable est piloté par une puce dédiée qui surveille son étage d'entrée. Quand elle détecte un MOSFET en court, elle
coupe la commande de ce MOSFET, et cette coupure referme le circuit par un chemin qui n'est pas prévu pour ça. Résultat : des cartes qui
fument au branchement de la batterie, alors qu'aucun court-circuit ne se mesurait ni au multimètre, ni à l'alimentation de laboratoire.
Une nuance qui rassure, en contrepartie :
environ 9 dégâts liquides sur 10 se règlent par un nettoyage professionnel complet, sans remplacer le moindre composant, à condition d'intervenir vite. La rapidité n'est pas un argument commercial, c'est le facteur qui détermine à peu près tout.
8. Pourquoi il faut signaler un renversement, même ancien
C'est le message le plus utile de cet article, et il ne coûte rien à appliquer.
Quand vous confiez une machine avec un « ne charge plus » sans autre précision, le diagnostic démarre par les causes les plus probables, dans l'ordre statistique. Quand vous dites « il y a eu un café renversé en mars », toute la méthode change dès la première minute :
• on
ouvre la machine et on inspecte avant de mesurer, parce que la corrosion se voit souvent avant de se mesurer. C'est un piège classique du métier, y compris pour les techniciens expérimentés : sonder pendant une heure ce qu'un coup d'œil sous un blindage aurait montré tout de suite ;
• on
retire les blindages, les caches et le module Wi-Fi, et on
sort la carte pour inspecter son dos ;
• on inspecte
autour des quartz, sous le radiateur, et
au microscope les pattes du contrôleur embarqué ;
• on prévient d'emblée que
le clavier peut être HS en plus de la carte ;
• on s'attend à des
claquages en cascade aux premiers essais : les composants « survivants » d'un dégât liquide restent fragilisés et peuvent lâcher à la remise sous tension. Sur un Acer Nitro 5, un deuxième condensateur a claqué en direct au branchement de la batterie, après réparation du premier.
Le cas particulier de la machine déjà nettoyée ailleurs
Le Medion de cet article avait été nettoyé par un tiers, et le client ne le savait pas ou n'y avait pas pensé. Ce n'est pas un reproche, c'est un constat technique :
un nettoyage antérieur efface les indices sans effacer les dégâts. Les traces vertes et blanches partent, la trace de brûlure reste, et il faut reconstituer l'histoire à l'envers.
Nous reprenons très volontiers les dossiers déjà passés ailleurs, c'est même une part importante de notre activité, y compris pour les confrères qui ne font pas le niveau composant (voir ). Dites-nous simplement ce qui a été fait. Un dossier avec un historique complet, c'est un dossier dont on connaît déjà une partie des réponses.
9. Vos données, avant la réparation
Un point à traiter froidement, parce que le délai joue là aussi.
Un dégât liquide qui met un mois à tuer la charge peut, la fois suivante, tuer autre chose. Nous avons vu un MacBook Air M1 nettoyé par un atelier, rendu au client « sans garantie », et
mort deux mois plus tard sans aucune sauvegarde. Sur cette machine, le SSD est soudé à la carte mère : carte morte, données parties avec elle. Nous ne traitons pas Apple, mais l'exemple vaut pour tout le monde, et de plus en plus : les SSD soudés se généralisent sur les portables fins.
La règle est simple.
Tant que votre machine démarre encore, même mal, même par intermittence, c'est le bon moment pour sortir vos données. Une machine qui fonctionne encore sur batterie pendant que la charge est morte est en sursis, et le sursis est court.
• Si le disque est
amovible et sain, une simple copie suffit, et nous le faisons couramment avant intervention.
• Si le disque
ne répond plus, s'il claque, s'il n'est plus détecté, ou s'il s'agit de données professionnelles sans sauvegarde, c'est un métier à part entière : - récupération professionnelle sur disque dur, SSD, carte mémoire, clé USB et systèmes RAID.
Nous avons également détaillé les possibilités selon la panne :
Point de vigilance BitLocker : si votre disque est chiffré, munissez-vous de votre clé de récupération avant toute intervention. Une batterie débranchée longtemps ou un BIOS réinitialisé peuvent suffire à la faire réclamer au redémarrage.
10. Ce que ça coûte, et pourquoi le délai change le prix
Notre grille sur ce type de dossier
| Intervention |
Tarif TTC |
| Diagnostic (1 à 2 h de travail technique, rendu sous 24/48 h) |
39 €, intégralement déduits du devis |
| Nettoyage et réparation d'un dégât liquide |
130 à 250 € selon l'étendue |
| Remplacement d'un MOSFET de protection ou de charge |
100 à 120 € |
| Carte irréparable |
39 € seulement, le diagnostic |
| Bonus QualiRépar (particulier, appareil hors garantie) |
− 50 €, déduit d'office, aucune démarche de votre part |
À comparer au
remplacement de la carte mère complète, 300 à 800 € selon le modèle, qui vous coûtera en prime votre clé BitLocker à ressaisir, votre licence Windows OEM et le numéro de série de la machine. Le détail est ici :
Pourquoi nous ne donnons jamais de prix ferme au téléphone
Parce qu'un même symptôme couvre des causes dont le coût varie du simple au quintuple. « Ne charge plus après un liquide », c'est aussi bien un nettoyage seul qu'une reconstruction de piste. Le Medion de cet article est passé de la première catégorie à la seconde
par le simple effet du temps. Aucun technicien honnête ne peut trancher sans avoir ouvert la machine, et un atelier qui vous annonce un montant ferme sans l'avoir vue vous annonce un chiffre, pas un devis. Nous développons ce point ici :
Le calcul à faire quand tout va bien
C'est la vraie décision de cet article. Votre machine a pris du liquide et fonctionne encore. Vous avez le choix entre :
•
faire nettoyer maintenant : une intervention connue, à un tarif connu, sur une carte encore entière, avec de très bonnes chances de ne rien remplacer du tout ;
•
attendre de voir : peut-être qu'il ne se passera rien. Et peut-être qu'il faudra, dans un mois, découper un composant fondu dans la carte et reconstruire une piste de puissance, en ayant entre-temps perdu l'usage de la machine du jour au lendemain.
Nous ne prétendons pas que la panne différée est systématique. Elle ne l'est pas. Nous disons qu'elle est
fréquente, imprévisible dans son délai, et que son coût augmente avec le temps qu'on lui laisse.
11. Questions fréquentes
Mon PC a pris du café il y a trois semaines et tout fonctionne. Dois-je vraiment faire quelque chose ?
Oui, et c'est précisément le sujet de cet article. Le fonctionnement normal ne prouve pas l'absence de dégât, il prouve seulement que la corrosion n'a pas encore atteint un point critique. Un nettoyage complet fait maintenant coûte le prix d'une intervention courante ; la même carte, un mois plus tard, peut demander une reconstruction.
Combien de temps le risque dure-t-il ?
Il n'y a pas de date de péremption franche. Nous voyons des pannes se déclarer d'une semaine à plusieurs mois après le renversement. La règle empirique : tant que le dépôt est sur la carte et qu'une tension est présente, le processus continue.
J'ai déjà fait changer le clavier, ça ne suffit pas ?
Non, sauf coup de chance. Le clavier est ce qui se voit ; le liquide, lui, a traversé et s'est répandu sous la carte, sous les blindages et sous les modules. Le remplacement du clavier traite un symptôme, pas la cause.
Est-ce que le nettoyage garantit que rien ne se passera ?
Un nettoyage complet et rapide règle environ 9 cas sur 10 sans remplacer un seul composant. Sur les cas restants, une dégradation avait déjà commencé et se voit au diagnostic. Ce que le nettoyage garantit, c'est
l'arrêt du processus : plus de dépôt, plus d'électrolyse.
Le riz, l'alcool ménager, le sèche-cheveux ?
Le riz ne sert à rien : il absorbe l'humidité de l'air, pas les résidus. L'alcool ménager est trop dilué et laisse des additifs ; nous travaillons à l'alcool isopropylique à 99 % et, pour les liquides sucrés,
à l'eau d'abord, car le sucre ne se dissout pas dans l'alcool. Le sèche-cheveux à chaud fixe les résidus. Une carte se nettoie démontée, pas dans le châssis.
Ma machine a été nettoyée par un autre atelier et elle est retombée en panne. Vous la reprenez ?
Oui, sans aucun problème, et c'est un cas courant. Dites-nous simplement ce qui a été fait : nettoyage antérieur, composant remplacé, tentative de dépose. Cette information nous fait gagner beaucoup de temps, et donc vous en fait gagner.
Combien de temps ça prend ?
Diagnostic rendu sous 24 à 48 h ouvrées après réception. Un nettoyage complet part en général le jour de l'accord sur le devis. Une reconstruction du type de celle décrite ici demande plus de temps, et une pièce à commander en ajoute.
Et si la carte est morte ?
Nous vous le disons clairement, avec les mesures à l'appui, et vous ne payez que les 39 € de diagnostic. Une carte perdue par un liquide, c'est généralement une corrosion qui a rongé les couches internes du circuit imprimé, et cela se voit au diagnostic.
Vous réparez les Mac ?
Non. PC portables et Chromebooks uniquement.
Ce qu'il faut retenir
•
Un dégât liquide peut être différé. La machine continue de fonctionner, parfois des semaines, puis tombe en panne sans événement déclencheur apparent.
•
Le liquide s'évapore, le dépôt reste. Sucres, sels et minéraux forment un résidu conducteur et hygroscopique qui continue de ronger le cuivre.
•
La corrosion attaque ce qui est sous tension, et sur un portable, une partie de la carte reste alimentée en permanence par la batterie interne, machine éteinte et capot fermé.
•
La séquence type est une mort en trois temps : rien, puis charge intermittente, puis plus de charge.
L'intermittence est le dernier avertissement.
•
Cas réel, Medion Erazer Deputy P60 : renversement, quelques touches touchées, clavier remplacé, un mois de fonctionnement normal, puis charge intermittente puis nulle. Aucun court-circuit à l'ohmmètre, mais une chute de 0,3 V sur un MOSFET d'entrée, cuit au point d'être indéposable même à 480 °C. Découpe au scalpel, reconstruction de la piste au fil, deux MOSFET remplacés.
Machine réparée, mais on est parti d'un nettoyage pour arriver à une reconstruction.
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Changer le clavier ne règle rien. Le clavier est un entonnoir, pas une éponge : le liquide traverse et se répand sous la carte, sous les blindages, sous le module Wi-Fi et sous le radiateur.
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Dans les dix premières minutes : appui long, chargeur débranché, batterie retirée si amovible, machine retournée, pas de riz, pas de sèche-cheveux, et surtout
on ne rallume pas pour vérifier.
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Signalez toujours un renversement, même ancien, même déjà nettoyé ailleurs. Un nettoyage antérieur efface les indices sans effacer les dégâts.
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Sortez vos données tant que la machine démarre encore, surtout si le SSD est soudé.
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Diagnostic 39 € TTC déduits du devis, nettoyage et réparation 130 à 250 €, bonus QualiRépar de 50 € déduit d'office pour les particuliers hors garantie. À comparer aux 300 à 800 € d'un remplacement de carte complète.
Autour de votre dossier
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Vos données d'abord. Disque qui ne répond plus, SSD soudé, données professionnelles sans sauvegarde : - récupération professionnelle sur disque dur, SSD, carte mémoire, clé USB et systèmes RAID.
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Le clavier, la coque, la machine de remplacement. Fourniture de la pièce conforme à votre modèle et installation, pour les particuliers comme pour les professionnels : .
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Une machine pendant l'immobilisation. Portable ou fixe de prêt, courte ou longue durée : .
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La remise en route chez vous. Sauvegarde, reconfiguration, transfert de vos données une fois la machine réparée : intervient à domicile chez les particuliers, structure agréée service à la personne.
Faire examiner votre carte mère
Ce qui nous fera gagner du temps : la marque et la référence exacte de la machine (étiquette sous le châssis), le chargeur d'origine, et l'historique complet, en particulier la date et la nature du liquide renversé, même si l'épisode remonte à plusieurs mois et même s'il vous paraît sans rapport avec la panne actuelle. Précisez également ce qui a déjà été fait : clavier remplacé, nettoyage effectué ailleurs, composant changé. Rien de tout cela ne nous dérange, au contraire.
Aucun devis ferme par téléphone : l'étendue d'un dégât liquide ne s'évalue pas à distance. Diagnostic 39 € TTC, rendu sous 24 à 48 h, intégralement déduits du devis si vous confirmez la réparation. Bonus QualiRépar de 50 € déduit d'office pour les particuliers sur un appareil hors garantie, sans aucune démarche de votre part.
📞 - atelier BSC Électronique, 18 av Olbius Riquier, 83400 Hyères.
✉️ contact@bsc-electronique.fr -
Réparation au niveau composant des cartes mères de PC portables, Chromebooks et mini PC / barebones (pas Apple). Dépôt sans rendez-vous ou envoi postal (France entière). Diagnostic 39 € TTC déduits du devis. BSC Electronique est un nom commercial de l'EURL BSC INFORMATIQUE.
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